Tchernobyl, une catastrophe sans fin

25/04/2022 20:25

L'Ukraine compte 15 réacteurs dans 4 centrales nucléaires en activité.

Rappel des installations du site de Tchernobyl

  1. L'arche de confinement du réacteur n°4 qui avait explosé : un dôme de 38 000 tonnes construit avec l’aide financière et technique de la communauté internationale.

  2. Des installations d’entreposage des combustibles usés : 20 000 assemblages dans une piscine d'entreposage centralisée prévue jusqu'en 2028, puis seront transférés dans une nouvelle installation d’entreposage à sec, conçue pour assurer le condition-nement de 2 500 assemblages combustibles par an et conçue pour une durée de 100 ans. L’autorisation d’exploiter l'ISF-2 devait être délivrée par l’Autorité de Sûreté Ukrainienne en avril 2021. https://www.irsn.fr/FR/connaissances/Installations_nucleaires/Les-accidents-nucleaires/accident-tchernobyl-1986/tchernobyl-35-ans/Pages/1-Tchernobyl-35-ans-apres-installations.aspx#.YmZ9-tPP3l0

  3. Des stockages de déchets. (Environ 90% de tous les déchets de décontamination ukrainiens, soit quelque 2,8 millions de m3 de végétaux, sols, matériaux de construction, équipements divers, etc, sont à ce jour entreposés à proximité de la centrale, dans des modules en béton ou des tranchées construits dans l'urgence et sans étude de sûreté préalable).
    - une installation de gestion des déchets solides mise en service en 2014 conçue pour traiter 3 500 m3 de déchets solides par an
    - une installation de gestion des déchets liquides qui seront traités et mis en fûts d'acier de 200 litres puis conditionnés par quatre, dans un container en béton armé qui sera ensuite entreposé avant d’être transféré vers une installation de stockage de surface.
    - Les installations d’entreposage existantes sur le site de la centrale devraient être saturées d’ici deux à trois ans.
    Une installation d’entreposage, site de stockage du combustible nucléaire usé, est en cours de création dans la salle des machines au niveau du réacteur n°1 pour y entreposer en particulier 16 000 m3 de déchets conditionnés en fûts de 200 litres (3200 colis). L'Ukraine déboursait jusqu'ici environ 200 millions de dollars à la Russie pour se débarrasser des combustibles usés.

  4. Un tout nouveau laboratoire d’analyse qui aurait été détruit par les forces russes

  5. Les 3 autres réacteurs sont en démantèlement

  6. La zone d’exclusion est de 2 600 km²

https://www.irsn.fr/FR/connaissances/Installations_nucleaires/Les-accidents-nucleaires/accident-tchernobyl-1986/tchernobyl-35-ans/Pages/2-Tchernobyl-35-ans-apres-dechets.aspx#.YmZ9JdPP3l1

 

Pendant cinq semaines, 200 ingénieurs et travailleurs ukrainiens ont continué à assurer la sûreté des installations dans des conditions particulièrement difficiles, en travaillant de manière continue, sans pouvoir rentrer chez eux.
- après 25 jours de présence ininterrompue, le personnel technique du site a enfin pu être relevé ;
- la rotation a été conduite sur 2 jours, les 20 et 21 mars.

 

La Ligne électrique de Tchernobyl a été endommagée par 2 fois au mois de mars. Les générateurs de diesel ont dû être mis en route.

Le 16 mars, le pays en guerre est relié à l’ensemble du réseau électrique européen,

 

Un millier de soldats russes irradiés

Les soldats russes, arrivés le 24 février sur le site, au premier jour de leur offensive, sont repartis vers la Biélorussie le 31 mars, laissant derrière eux des mines et des lieux détruits.

Ils auraient campé et mangé dans l’un des lieux les plus irradiés du monde, sans protection particulière et auraient créé, selon les autorités ukrainiennes, un réseau souterrain, s’exposant à de fortes radiations externes et internes, selon la compagnie nationale de production électronucléaire, Energoatom.

Dès le 30 mars, des journalistes biélorusses avaient rapporté que des bus médicaux transportant des militaires s’étaient rendus au Centre de médecine radiologique de Gomel, en Biélorussie, précisant que «des soldats russes étaient régulièrement amenés dans ce centre».

Les jeunes soldats qui campaient dans la zone d’exclusion n’auraient jamais entendu parler de la catastrophe nucléaire de 1986. "La seule information que les soldats ordinaires avaient, était que le site était d'une importance capitale".

Les véhicules entrent et sortent de la zone d’exclusion, remuant des matières radioactives avec leurs pneus. « Ils ont creusé dans le sol contaminé et fabriqué des sacs de terre pour les fortifications avec du sable radioactif. Ils ont respiré cette poussière », a prévenu le ministre ukrainien de l'Énergie, le 8 avril ; il donne un an à vivre aux militaires qui ont creusé.

« Ils ont enterré des équipements lourds, créé des tranchées et même des cuisines souterraines, des tentes, des fortifications », a affirmé Kramarenko del’agence d’État chargée de la zone interdite de Tchernobyl.

« L’une de ces fortifications se situe près d’un site pour le dépôt provisoire de déchets radioactifs ». Les soldats russes vont « très bientôt » ressentir les effets des radiations. « Certains d’ici un mois, d’autres d’ici des années. »

Le 1er avril, le quotidien britannique The Daily Telegraph a titré sur la mort d’un soldat des suites d’un empoisonnement aux radiations, sans toutefois donner la source de l’information ou détailler le cas dans l’article.

Rappel : En cas d’exposition à de très fortes doses de rayonnements ionisants : le syndrome d’irradiation aiguë (SAI), débute par des diarrhées, nausées et vomissements, il se prolonge avec l’apparition de symptômes divers pouvant engager le pronostic vital à court terme.

« Cela a eu pour résultat un début d'émeute au sein des militaires, et ils ont commencé à partir à ce moment-là.» selon Energatom. « Les soldats ont creusé puis mis du sable radioactif dans des sacs, avec lesquels ils ont construit des barricades pour protéger leurs checkpoints, précise-t-il. Ils ont respiré tout cela… Personne ne sait à quel degré ils ont été irradiés, mais cela aura un impact sur leur santé aujourd’hui, demain ou dans quelques années. »

vidéo Le Point Tchernobyl : la folle histoire des soldats russes contaminés

 

Mardi 19 avril, le contact direct entre la centrale et l’autorité de sûreté nucléaire du pays a enfin été rétabli.

Une équipe d’experts de l’AIEA et son directeur doivent se rendre à Tchernobyl le 26 avril, pour réparer les systèmes de surveillance à distance, « livrer des équipements vitaux» (dosimètres, combinaisons de protection, etc.) et effectuer «des contrôles radiologiques et autres».

Rafael Grossi s’était déjà rendu en Ukraine fin mars pour jeter les bases d’un accord pour une assistance technique.

D’inquiétants incendies

Selon un communiqué du Parlement ukrainien, des incendies se sont récemment déclenchés dans les forêts entourant la centrale, notamment l’un des réacteurs. Comme l’évoque le Guardian, au moins sept feux importants ont été observés dans la zone d’exclusion de Tchernobyl via des images satellites prises par l’Agence spatiale européenne. Les incendies ont probablement été déclenchés par « l’agression armée de la fédération de Russie », a déclaré le Parlement. Mais leur origine exacte reste encore à déterminer.

La combustion des forêts et de la litière de ces secteurs entraîne une remise en suspension du césium 137, et d’autres substances radioactives encore plus radiotoxiques, l'américium 241, les isotopes du plutonium, etc. , selon la CRIIRAD au 28 mars 2022.

Pillage et vol dans des laboratoires de Tchernobyl

Les forces d'invasion russes sont entrées dans deux laboratoires de Tchernobyl, qu'elles ont pillés et détruits dans un acte de "terrorisme nucléaire", a déclaré l'Agence d'État ukrainienne pour la gestion de la zone d'exclusion.
Les troupes russes ont pénétré dans un dépôt de sources de rayonnements ionisants dans le laboratoire Ecocentre et "ont volé et endommagé 133 sources d'une activité totale d'environ 7 millions de becquerels", a déclaré l'agence. Cela est comparable à 700 kg de déchets radioactifs avec la présence de rayonnements bêta et gamma, selon l'agence.
La compagnie nucléaire a déclaré que même une quantité minuscule pourrait être mortelle si elle était mal gérée.

Les troupes russes ont également pillé et endommagé les bureaux et un laboratoire de l'Institut de sûreté nucléaire, volant des ordinateurs et du matériel de bureau, selon l'agence.

Les laboratoires disposaient de sources de rayonnements ionisants et d'échantillons de matériaux contenant du combustible, et l'agence a déclaré que l'on ignorait où se trouvaient ces matériaux. Il est possible que les articles aient été laissés ailleurs dans la zone d'exclusion, mais il est plus probable qu'ils aient été pris par les troupes russes comme "souvenirs", a déclaré l'agence.  "Dans le cas où l'on porte un tel souvenir sur soi pendant deux semaines, les brûlures dues aux radiations sont garanties, et les maladies dues aux radiations et les processus non réversibles dans le corps commencent", a déclaré l'agence. https://www.businessinsider.com/ukraine-russian-troops-took-radioactive-souvenirs-from-chernobyl-says-agency-2022-4?r=US&IR=T
« Les soldats russes, qui viennent de régions rurales pauvres, ont pris tout ce qu’ils pouvaient prendre, des ordinateurs, des imprimantes, des appareils électriques, ou même des cuillères ou des fourchettes… Tout ce qui leur tombait sous la main » sic le patron d'Energatom. Celui-ci reproche à l'AIEA de continuer à discuter avec Moscou et de ne pas avoir agi de façon suffisamment efficace face à la prise de contrôle de sites nucléaires.

« Nos employés travaillent maintenant au déminage des endroits-clés et vérifient tout ce qu’il est possible de vérifier »


Depuis le 24 février : pas de valeurs anormales de radioactivité en Europe et dans les pays limitrophes de l’Ukraine (notamment la Russie et la Biélorussie) selon la Criirad.

Le 13 avril « Le système pour contrôler le niveau de radioactivité dans la zone interdite ne fonctionne toujours pas » , « Les serveurs qui gèrent ces informations ont disparu » a déclaré l’agence d’État chargée de la zone interdite de Tchernobyl.

Le 23 avril : Toujours occupée par les Russes, la centrale de Zaporijjia, la plus grande d'Europe, avait subi début mars des tirs de missiles, qui avaient provoqué un incendie dans des bâtiments annexes et fait craindre une catastrophe. Cinquante véhicules militaires sont encore sur le site et 500 militaires russes en contrôlent le périmètre. « Les employés du site ne contrôlent pas physiquement le matériel et ne peuvent donc pas garantir qu’il va rester en place et être utilisé à bon escient. Il pourrait être emporté et utilisé pour faire de mauvaises choses" avertit M. Kotin d'Energatom.

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Le 26 avril 2022, le Pr Yury Bandajevski sera en Irlande pour un événement-appel organisé par plusieurs associations, intitulé : Nous devons sauver les victimes de la guerre dans les territoires de Tchernobyl.

TCHERNOBYL - Les Combattants Oubliés, vidéo, témoignages de liquidateurs en 2016

L'article du réseau : "Tchernobyl 36 ans plus tard, la situation est plus que jamais préoccupante."